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Bijoux de collection

Exposition du 20 novembre au 21 décembre 2019

AVANT-PROPOS

par Jean-Louis Gaillemin

C’est à un beau voyage à travers le temps et l’espace que nous convie
La Galerie Parisienne. Odyssée pittoresque qui permet au collectionneur de s’orienter dans le vaste monde du bijou et de confirmer ses goûts pour tel aspect de la création qui lui est cher. Comment distinguer et discerner les filiations stylistiques, les influences, les convergences de ce monde en perpétuelle gestation et renouvellement. Au hasard de rapprochements formels, fondés sur des thèmes volontairement généraux : le voyage, le diamant, la couleur, la forme, la matière, Bijoux de collection nous invite à voir différemment, à discerner des qualités et des caractéristiques qui échappent souvent au premier regard.

Quelle merveille de voir simultanément une bague « scarabée » de la fin du XIXe siècle et une autre en faïence bleue de l’Egypte antique, de percevoir une origine cambodgienne dans les spirales ornées d’un bracelet de René Boivin, de retrouver les tourbillons d’un masque barbu art déco dans les ornements nuageux d’une bague de David Webb des années 1950. Le diamant n’est pas absent de ces promenades esthétiques, se cachant dans un bracelet souple de Van Cleef & Arpels, s’affichant dans un bracelet de Cartier, jouant le jeu des grands classiques nœuds et autres broches des XVIIIe et XIXe siècles si appréciés par Henri Vever dans son Histoire de la bijouterie française. Oubliant sa superbe, le diamant vient même ponctuer de ses éclats les compositions géométriques des modernes.

Mais c’est moins la qualité intrinsèque du joyau qui intéresse La Galerie Parisienne, que le jeu des formes et des couleurs, l’invention, la création. Quoi de plus séduisant que ce jeu entre les jaunes et rose d’un bracelet aux entrelacs géométriques en or de Fouquet ? De plus déroutant que la symphonie polychrome des bagues de Boivin ou Belperron ? Les rapprochements de l’améthyste et du saphir par JAR, ou le picotement des citrines tricolores de Boivin toujours ?
Les « sertis clos » facilitent le dialogue des matières sobres et précieuses,   les jeux cubistes donnent du caractère aux  bijoux qui s’affirment comme œuvres d’art. Audaces de Jean Després qui pare de délicieuses patines ses microcosmes modernistes. Chaînes et rouages, sont subtilement articulés pour transformer la forme industrielle en parure, parfois il suffit de quelques billes pour évoquer sans même avoir à le montrer le fascinant « roulement » où elles étaient nichées. Les verres peints d’Etienne Cournault ajoutent leur note de poésie surréalisante à la géométrie de Després. Nul doute que L’Inhumaine de Marcel Lherbier aurait aimé cette broche en acier inoxydable de Raymond Templier enserrant délicatement les prismes sauvages d’une staurotide offerte par son « ingénieur ». Quant à Nancy Cunard, elle aurait abandonné un moment ses fascinants bracelets africains pour ce jonc de Després où l’argent et l’or jaune jouent dans un tourbillon de formes avec l’émail noir.

Mais ces inventions formelles ne sauraient effacer le plaisir que l’on a à retrouver dans les entrelacs d’un bijou, les formes familières ou mythologiques d’une plante ou d’un animal. Oiseaux et papillons nous donnent le sentiment d’un plaisir fugitif, vont-ils rester tranquilles sur cet organdi ou s’échapper et rejoindre les vastes espaces ? Comme les fleurs, les papillons sont prétextes à des débauches colorées. Les algues et les coquillages de Boivin et Boucheron nous introduisent à un monde plus doux et mystérieux, quelle Sirène saura se parer de ces bracelets aux têtes de poissons ? Le bijou sait aussi apprivoiser les fauves les plus redoutables comme ce lion en or jaune transformé en broche articulée, ce bélier pendentif aux cornes art déco, ou ce sinueux et insinuant serpent qui s’enroule autour du cou pour mieux se glisser sur la peau de notre moderne Eve. Deux yeux peuvent parfois, comme sur ces boutons de manchette, évoquer une présence mystérieuse, début d’une métamorphose ?   

Mais les bijoux ne sont pas seulement là pour le plaisir des yeux, ils aiment aussi être effleurés, touchés, caressés, offrant au plaisir des doigts la soie des perles fines, les nodosités du cristal de roche, le maillage des fils de métal et tous les ornements gravés par nos artistes sur les métaux et les pierres fines. Particulièrement savoureux, le rapprochement apaisant de l’agate blonde et de la perle, les accords subtils de la calcédoine avec les rubis et autres saphirs.

En nous offrant ce panorama, La Galerie Parisienne nous donne l’occasion de découvrir, de comparer et de comprendre la diversité éloquente d’un métier qui a su, depuis le tournant du XXe siècle renouer avec la grande tradition artistique de la Renaissance ou de l’époque baroque.

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